Les elements de preuve …….

Celui qui a fait ça, doit avoir le sang bien noir……

Gaston Dominici , Août 1952


Dans l'affaire Dominici il n'y a pas de preuve flagrante de la culpabilité du patriarche de la Grand'terre,  mais un

faisceau de présomption qui ramène toujours les enquêteurs vers le vieux Dominici et surtout,  vers la Grand'terre…





Un pantalon qui sèche…   



L'inspecteur Girolami fait cette déclaration pendant la deuxième enquête de Chenevier. : « je suis arrivé sur les lieux du crime en compagnie du Commissaire Sebeille et d'autres de mes collègues. Chacun de notre côté, nous avons essayé de recueillir quelques indices sur les lieux du crime. »

« De ma propre initiative, je me suis dirigé vers la ferme de la « Grand'Terre » où j'ai rencontré Gaston Dominici avec lequel j'ai conversé sur ce qui venait de se passer au cours de la nuit écoulée. Au même moment, mon attention a été attirée par un pantalon de velours côtelé, assez usagé, qui séchait sur un fil de fer. à proximité de la porte de la cuisine, ou plus précisément en face de cette porte. Ce pantalon était fraîchement lavé et très mouillé. J'en ai déduit qu'il avait été lavé pour les besoins de la cause, étant donné que la veille, c'était la grande fête de la lavande dans les Basses-Alpes et qu'il n'est pas d'usage de laver ce jour-là. Toutefois, je n'ai pas remarqué si le pantalon était taché. Je me suis adressé à Gaston Dominici et lui ai demandé qui était chargé de faire la lessive à la « Grand'Terre ». Il m'a répondu que sa femme était âgée et que c'était sa fille aînée qui venait chercher toutes les semaines le linge et qu'elle le lavait chez elle.

A mon tour, je lui ai dit que c'était un travail pénible lorsqu'elle rapportait le linge mouillé pour le faire sécher à la « Grand'Terre ». Il m'a répondu : « Tu es fou. elle retourne le linge sec et repassé. Je lui ai posé la question suivante : et ce pantalon qui sèche là, à qui est-il ? Il m'a répondu : « Demande à Gustave. » Je suis retourné sur les lieux du crime. J'ai demandé à Gustave qui était à proximité à qui était le pantalon qui séchait sous le treillard de la vigne. Il m'a répondu : « Je ne porte pas de pantalon de velours, je ne porte que des pantalons en treillis bleu : il est sans doute à mon père. »

J'ai rendu compte au commissaire Sébeille de ma découverte. Il m'a répondu : « Laissez ça pour le moment et occupez-vous d'autre chose. »


L'inspecteur Girolami a précisé qu'il était quinze heures lorsqu'il a découvert ce pantalon humide et séchant.

Lorsque, au cours des auditions, les enquêteurs  parlent de ce pantalon à Gaston Dominici, il  nie en bloc sa conversation avec l'inspecteur Girolami et l'existence d'un pantalon de velours en train de sécher. Son fils Gustave a eu une attitude identique, affirmant qu'aucun inspecteur ne s'en était entretenu avec lui.


Clotilde Araman, fille Dominici, a précisé qu'en 1952, sa mère ne lavait plus le linge depuis cinq ans au moins et que personnellement elle n'avait pas fait de lessive à la « Grand'Terre » les jours précédant le crime; sa belle-sœur Yvette et son frère Gustave lui ont affirmé qu'il n'y avait pas de pantalon à sécher le matin ou dans la journée du 5 août.


Augusta Caillât, fille Dominici, a confirmé qu'elle relayait sa sœur Clotilde pour laver le linge de leurs parents, qu'elle-même n'avait pas lavé de pantalon à la « Grand'Terre » à l'époque incriminée et que, d'autre part, sa mère était physiquement

incapable d'avoir fait un tel ouvrage. Le pantalon était encore étendu sur le fil le matin de la découverte du crime. Elle m'avait dit, dit elle, qu'il s'agissait d'un pantalon de velours appartenant à son père.


La venue des Anglaises a la Grand'terre….


Toujours nié par le clan Dominici à l'exception d'Yvette, c'est par Roger Perrin que le commissaire Sébeille a apprit ce fait le 7 mai 1953 ( confirmer au

Commissaire Chenevier en 1954 ).

M. Barth. le père d'Yvette Dominici, lui a demandé, le matin de la découverte du crime, ce qui s'était passé et cette dernière a expliqué que des Anglais étaient arrivés la veille au soir vers 7 heures et qu'ils s'étaient installés du côté du mûrier. Un peu plus tard, la dame et la fillette étaient venues à la ferme pour demander de l'eau. C'est la fillette qui s'était adressée à eux. car la mère ne parlait pas le français. Roger Perrin a précisé qu'ayant parlé des événements avec sa grand mère, celle-ci lui avait confirmé cette visite en précisant que le grand père (Gaston Dominici) leur avait fait voir les chèvres dans l'étable.

Cette précision était intéressante et méritait d'être immédiatement exploitée ; elle pouvait expliquer une partie du drame. Et, pourtant, ce n'est que six mois plus tard que l'on s'est décidé à interroger Gustave Dominici après l'avoir confronté à son neveu, Roger Perrin. Il devait confirmer le fait.

Le lendemain, après avoir dénoncé son père, il a dit au juge Périès que celui-ci leur avait raconté qu'il s'était rencontré avec les Anglais qui étaient venus à la ferme.

Par la suite, tous ceux qui étaient convenus de cette visite à la ferme de Mrs Drummond et sa fillette pour y chercher de l'eau sont revenus sur cette affirmation, à l'exception de Roger Perrin. qui, à l'issue d'une confrontation, n'a pas craint de faire cette réflexion : « Je ne vois pas pourquoi ma tante s'entête à ne pas dire que les Anglaises sont venues à la ferme, puisqu'elle me l'a dit. Je ne sais pas ce qu'elle peut craindre... »

II est utile de noter, également, que la mère de ce jeune homme,  a confirmé, lors de son audition, que sa belle-sœur (Yvette Dominici) lui avait parlé de cette visite, en ajoutant -- et on se demande aussi pourquoi : « La prochaine fois, on ne rendra plus service à personne. »

Confrontées,  ces deux femmes  sont restées chacune  sur leur position.


Or, Germaine Perrin et son fils, quoique l'on puisse reprocher à ce dernier, n'ont aucun intérêt à inventer cette visite. On peut déduire de tout cela que si l'on dissimule avec autant d'acharnement la venue des Anglaises à la ferme, c'est que l'on ne veut pas qu'il soit établi qu'Elisabeth Drummond. seule rescapée du crime par coups de feu, a pu reconnaître le ou les meurtriers, ce qui est la raison de son horrible exécution. C'est ce qui peut expliquer aussi la disparition de l'appareil photographique de M. Drummond.

Cette visite des Anglaises a été établie, comme on l'a vu, par les témoignages familiaux. Confirmée à un certain moment, par Gustave en particulier, elle a été par la suite contestée par tous les habitants de la « Grand'Terre » on pourrait dire « comme d'habitude… ») .

On peut s'étonner de leur position à ce sujet puisqu'il n'y a pas logiquement de relation de cause à effet entre cette visite et le crime. Leur entêtement à le nier contre toute évidence expliquerait une seconde hypothèse.

Mais ce n'est pas tout. A la suite de l'allusion de Gaston Dominici à des « bijoux » qui avaient fait l'objet de la conversation entre Gustave et Yvette et qu'il avait surprise.

Les vérifications effectuées  ont amenés à découvrir que seule une montre avait pu être dérobée, celle de Mrs Drummond. En effet, la mère de celle-ci,

Mrs Wilbraham, consultée par la police anglaise, a fait connaître que sa fille avait emporté une montre en France et en a donné la description.







Le Commissaire Sebeille établit l'inventaire des affaires des Drummond avec la famille Marrian, amis des Drummond avec qui ils

passaient leurs vacances. Manque un seau de toile, un appareil photo et une pellicule, ces éléments ne seront connus qu'au cours de la deuxième enquête.

Un appareil photo qui disparaît……


En examinant au cours de leur enquête,  l'inventaire établi par la gendarmerie de Villefranche-sur-Mer des objets laissés par les époux Drummond chez leurs amis Marian, les enquêteurs constatent qu'une pellicule photographique était mentionnée. Nous avons demandé alors à la police anglaise, puisque cela n'avait pas été fait par les précédents enquêteurs, de rechercher si les victimes possédaient un appareil photographique. 11 nous a été répondu que Sir Jack avait effectivement emmené en France un appareil photographique

« Rétina Kodak » ( Fabriqué à Stuttgart à partir de   1934. Muni d'un soufflet .Pellicule 35mm ) et qu'il n'y avait nulle trace de sa restitution à la famille.

Cet appareil ne figurant pas sur la liste des objets restitués par le Greffe du Tribunal de Digne, où il n'y était pas non plus en dépôt, il était normal de penser que son propriétaire l'avait emporté pour assister, notamment, à la fête de la lavande à Digne et qu'il a été dérobé par la suite. Sa disparition présente un intérêt incontestable, soit qu'il ait été la cause du crime pour avoir tenté un voleur surpris en train de s'en emparer, soit qu'il en ait été une conséquence, et cela pouvait expliquer la fouille de la voiture Hillman dans laquelle régnait un désordre indescriptible.

L'assassin, qui, d'après le Commissaire Chenevier, est incontestablement de la « Grand'Terre », a pu vouloir faire disparaître cet appareil qui contenait peut-être les images de certains membres de la famille Dominici prises, par exemple, lorsque Mrs Drummond et sa fillette sont venues à la ferme où elles ont assisté à la rentrée des chèvres dans l'étable.

Appareil photo de marque Kodack « rétina » des années 50

Semblable à celui que les Drumond avaient emporté avec eux pour la fête de la lavande à Digne, où est-il passé ? .



Le biberon D'Alain Dominici..


La première déclaration de Gustave et Yvette Dominici nous apprend qu'ils ont bien entendu les coup de feux, que leur fenêtre et volet étaient ouverts, et que quelques instants plus tard, Yvette avait dû allumer la lumière pour donner le biberon à leur fils Alain, comme toutes les nuits vers 1H00 du matin.


La nuit suivant le  crime, le 6 août , le capitaine de Gendarmerie ALBERTde Forcalquier planque durant toute la nuit devant la Grand'terre pour

constater si oui ou non la lumière s'allume durant la nuit dans la chambre de Gustave et Yvette. Il n'en est rien, le Capitaine explique dans son rapport que durant la nuit tout est resté calme, et pas une lumière ne s'est allumée, ce qui semble normal vu l'âge de l'enfant. A 10 mois, il est rare qu'un

bébé réclame un biberon en pleine nuit.


Les confidences de Gaston ….


Gaston Dominici donne  le premier jour des indices troublants qui prouvent bien qu'il en sait long, le soir du 5 Août alors que le Commissaire Sebeille est revenu de l'hôpital de Forcalquier après avoir assisté aux autopsies , il rencontre par hasard le vieux Dominici. Alors s'engage leur première conversation.  Pendant celle-ci Gaston passant devant l'endroit où était le corps de Ann Drummond, il dit   « c'est ici que l'anglaise a été abattue, elle n'a pas souffert, »  enfin il me semble … on apprendra grâce à l'autopsie qu'effectivement elle n'a pas souffert puisqu' une balle a littéralement

déchiré son cœur. Gaston répétera cela a u journaliste Jacques Chapus en lui disant «  elle est tombée sur place ».



Une étrange coïncidence…   


Tout les matins, Gaston Dominici quitte la Grand'terre pour promener ses chèvres. Il prend toujours la même direction, le hameau de Ganagobie, ce rite est immuable. Il prend donc la RN 96, longe son champ jusqu'à hauteur du chemin menant au pont enjambant le chemin de fer, et bifurque pour prendre le chemin derrière la borne kilométrique. Si Gaston avait emprunté son chemin habituel, il passait forcément devant le campement des Drummond et, encore mieux, devant le corps de Jack Drummond. Mais Gaston explique dans une des ses premières dépositions que ce jour là, il a choisi de partir dans le sens opposé à son trajet habituel, en prenant la direction de Giropey. A cette étrange coïncidence Gaston ne fournit aucune raison même pendant le procès de Digne . Il faudra attendre 50 ans pour que Gustave se souvienne dans le livre de William Reymond que son père avait choisit de partir de ce côté là, pour faire paître ses chèvres aux pierres à sel….   Qui y croit ?     

L'Affaire Dominici

pourquoi il est coupable …                 

Août 1952, le patriarche de Lurs promène ses chèvres, au fond, la

Grand'terre.


En prenant la direction fidèle a ses habitudes, Gaston passait forcément devant le

campement des Anglais, à plus forte raison devant le corps de Jack Drummond, ce matin là, ce ne sera pas le cas….



                      Voici le chemin aujourd'hui en friche que Gaston emprunté habituellement