voici ici reproduits, les PV d'auditions de Gaston, Gustave et sa femme Yvette et Clovis.



LES AVEUX DE GASTON DOMINICI

Le  15  Novembre 1953, à  11 heures  15.

Devant M. Roger FERIES, Juge d'Instruction, assisté de M. BARRAS, Greffier assermenté.

Gaston DOMINICI a déclaré, après avoir prêté serment :

-- « Je me nomme DOMINICI Gaston, âgé de 77 ans, profession cultivateur, demeurant à Lurs (La Grand Terre).

«  C'est  un grand malheur  qui  m'est  arrivé.

« Les choses se sont passées comme je l'ai indiqué à la Police.

« Je ne me souviens pas, cependant, exactement de l'heure à laquelle j'ai quitté la ferme en pleine nuit.

« J'avais bavardé avec la dame et la fillette peu avant la tombée de la nuit au quartier de Saint-Pons où je gardais mes chèvres. La dame parlait très mal le français, mais sa fille, elle, le parlait bien. Nous nous sommes entretenus de la beauté du paysage. A ce moment-là, le mari se trouvait un peu à l'écart en train de lire.

« Un peu plus tard, lorsque je suis entré à la ferme, j'ai constaté que ces trois personnes avaient établi leur campement sur le terre-plein situé à l'extrémité de ma propriété.

« Donc, en partant de la ferme un certain temps après l'arrêt du side-car devant la Grand'Terre, j'ai pris la carabine qui se trouvait dans le garage entre deux planches superposées formant étagère, au fond et à droite. Le chargeur était placé sur l'arme. Je savais qu'il était entièrement garni, mais j'ai pris en plus deux ou trois cartouches qui se trouvaient à proximité, sur les planches.

« Si je me suis muni de cette arme, c'est que j'avais l'espoir d'apercevoir quelque blaireau ou quelque lapin.

« Lorsque je suis sorti, en effet, de chez moi, j'avais l'intention d'aller me rendre compte de l'état de l'éboulement et ensuite d'aller faire un tour de chasse.

« Je me suis dirigé, en passant le long de ma luzerne, vers le mûrier à proximité duquel était établi le camp des Anglais. J'ai constaté que l'homme était couché sur un lit de camp placé contre la voiture et paraissait dormir, tandis que sa femme à ce moment-là était en train d'enlever sa robe. Quant à l'enfant, elle ne se voyait pas (sic). J'ai su par la suite qu'elle était couchée à l'intérieur de la voiture. De derrière le mûrier j'ai regardé se déshabiller cette femme. Soudain, j'ai été pris de l'envie de la « baiser ». Je me suis approché d'elle. J'avais déposé l'arme peu avant d'arriver à la hauteur de l'avant de la voiture. La dame n'a pas paru effrayée en m'apercevant. Aussitôt je lui ai envoyé la main à la « fraise » (sic). Elle n'a pas réagi. Je n'ai pas hésité. J'ai sorti ma « queue ». La femme s'est étendue sur le sol et j'ai commencé à la « baiser », Nous avons dû faire du bruit car le mari s'est réveillé peu après. Il s'est dressé, l'air en colère. Moi je me suis relevé et aussitôt j'ai ramassé la carabine. L'homme est venu sur moi. Il a essayé de m'enlever l'arme. Nous nous sommes débattus un instant. Nous nous trouvions à ce moment-là à l'arrière de la voiture. L'homme tenait l'arme par le canon. Je ne sais comment à un moment un coup est parti sans que j'ai volontairement appuyé sur la gâchette. J'insiste sur ce point : ce premier coup a été accidentel. La balle a traversé la main de mon adversaire qui a cependant essayé de m'attraper à la gorge. Comme je me rendais compte qu'il allait prendre le dessus (je sentais, en effet, qu'il était plus fort que moi) j'ai tiré un second coup à bout portant. Il a fui en passant derrière la voiture. Je l'ai poursuivi et alors qu'il traversait la route j'ai tiré une troisième fois. Lorsqu'il est arrivé de l'autre côté de la chaussée il est tombé pour « tout du bon ». (sic)

« La femme s'est mise à crier. Me retournant vers elle, j'ai tiré dans sa direction. Je ne me souviens pas si, sur elle, j'ai tiré une fois ou deux fois.

« A ce moment, la petite est sortie de la voiture par la porte arrière. Elle a un peu crié, mais guère. Elle est partie en courant en direction du pont de chemin de fer, en coupant droit entre le mûrier et les buissons. Je l'ai poursuivie. J'ai tiré une première fois. Le coup a raté. Une seconde fois, j'ai manqué mon but. Puis je me suis aperçu que je n'avais plus de balle dans le chargeur. Je n'ai pu d'ailleurs m'expliquer cette circonstance car je croyais le chargeur plein. Certainement, j'avais dû perdre des cartouches en route (sic). J'ai dû perdre aussi les deux ou trois cartouches que j'avais mises dans ma poche au moment où j'avais pris ma carabine dans le garage.

« J'ai vu que la petite traversait le pont et dévalait le talus. Je me demande comment je l'ai rattrapée. Quand je suis arrivé sur elle, elle se trouvait à genoux. Elle m'a regardé, mais elle ne m'a rien dit. Elle n'a pas crié. J'ai saisi l'arme par le canon et lui en ait envoyé un coup  sur la tête.  J'étais  saoul,  je ne savais plus  « que  je   faisais.  J'étais  fou.

«   J'affirme   qu'au   premier   coup   la   carabine   s'est cassée.   L'enfant  s'est  affaissée  de   suite   sans  même   mir.  J'ai fait quelques pas vers la Durance et j'ai lancer dans  le  courant les  restes  de  ma  carabine.  Je  suis  ensuite  allé  me laver les  mains  qui  étaient  ensanglantée.

« Je précise que pour lancer la carabine, j'avait choisi un endroit surélevé, à une vingtaine de mètre* de l'endroit où j'avais frappé la petite et en direction de la ferme.

« Ensuite je suis revenu sur mes pas. J'ai constaté que la petite était morte puisqu'elle ne remuait plus et c'est alors que je suis allé me laver les mains.

« Je suis remonté ensuite au lieu du campement pour m'assurer que les parents étaient bien morts. J'ai recouvert le corps de la femme avec une couverture qui se trouvait à terre, à côté de la voiture. Puis j'ai pris un lit de camp et j'en ai recouvert le corps de l'homme.

« Je n'ai fouillé ni dans la voiture, ni dans les affaires qui se trouvaient éparses tout autour. J'ai regagné ensuite mon domicile en empruntant à nouveau le chemin qui conduit au pont. J'ai traversé cet ouvrage puis j'ai pris à droite sans regarder vers l'endroit où gisait la petite. J'ai longé et traversé la voie ferrée et ai regagné ma ferme en passant par le sentier qui aboutit dans la cour.

« Je me suis couché, il devait être deux heures trente. A quatre heures, je suis reparti avec mon troupeau de chèvres. Je n'ai vu Gustave ni quand je me suis recouché, ni quand je suis reparti. Mais ne m'étant pas rendormi, j'ai entendu qu'à trois reprises Gustave était sorti.

« J'affirme que je n'ai jamais parlé de rien à personne. Pas plus Gustave que Clovis ne sont au courant de ce que j'ai fait. »

Lecture faite persiste et signe avec nous et notre greffier.

(suivent les signatures)

Avant de clore, nous présentons au témoin l'arme du crime.

Gaston Dominîci : « Cette arme est bien celle qui se trouvait dans la remise, sur une étagère, au fond et à droite.

« Je ne puis me souvenir des circonstances dans lesquelles cette arme est devenue ma propriété. Ce que je sais, c'est que nous l'avions depuis le passage des troupes américaines. C'était la première fois le matin du 5 août 1952 que je me servais de cette arme. J'ai constaté qu'elle fonctionnait coup par coup.

« Je n'avais jamais effectué de réparations à cette arme. J'avais remarqué qu'elle était démunie de garde -main et que le canon était relié au fût par un collier de duralumin. »

Lecture faite, persiste et signe avec nous et notre greffier.

(suivent les signatures)



NOTE DU JUGE. -- Le 15 novembre 1953 à dix heures quinze, nous nous sommes présenté assisté de notre Greffier en la Chambre du Conseil du Tribunal Civil où le sieur Dominici Gaston avait reposé la nuit précédente, allongé sur un lit de camp.

Dès qu'il nous aperçut, le susnommé qui était assis dans un fauteuil nous invita d'un geste de la main à prendre place à ses côtés. Il est utile d'indiquer que notre venue lui avait été annoncée quelques minutes auparavant par le Commissaire Sébeille.

Gaston Dominici nous déclara aussitôt qu'il n'était pas le meurtrier de la famille Drummond, mais qu'il sirait confirmer la déposition qu'il avait faite la veille, au Commissaire Sébeille, dans le seul but, affirmait-il de sauver l'honneur de ses petits-enfants.

Comme nous l'invitions à préciser cette assertion, Gaston Dominici nous laissait entendre que l'assassin de Lurs ne pouvait être que son fils Gustave. Nous n'avons pu obtenir de lui d'autres précisions et Gaston Dominici, sur nos questions, reprenait : « Je suis le plus vieux de la famille. Il est de mon devoir de me  sacrifier pour elle ! ».


L'affaire Dominici……..

                     LA DEPOSITION DE GUSTAVE DOMINICI le  13   Novembre   1953

Le 13 Novembre 1953, à 16 h. 30, Devant   M.   PERIES,   Juge   d'Instruction,   assisté   de M.   BARRAS,   Greffier.

A comparu Gustave Dominici qui, après avoir prêté serment, a déclaré :

-- « Je me nomme DOMINICI Gustave, âgé de 34 ans, profession cultivateur, demeurant à Lurs (La Grand Terre).

Le matin, lorsque mon père est sorti de la maison pour aller garder ses chèvres, je suis descendu et lui ait demandé s'il n'avait pas entendu les coups de feu. Il m'a répondu par l'affirmative. Comme avec insistance je le questionnais sur ce point, mon père m'a dit tout de suite « que c'était lui qui avait tiré ».

Après les coups de feu, je vous l'ai déjà dit, je ne m'étais pas rendormi.

Jusque vers quatre heures je n'ai entendu aucun bruit dans la maison. Lorsque j'ai perçu les bruits de pas de mon père qui, je le supposais, se levait, je suis descendu dans l'intention de l'interroger sur ce qui s'était passé à une heure du matin. Je lui ai dit : « As-tu entendu les coups de feu ? ». « Oui, m'a-t-il répondu, puisque c'est moi qui les ait donnés. » En prononçant ces paroles mon père avait l'air très calme. Je lui ait demandé s'il n'était pas devenu fou. Il m'a pondu que non. Comme je lui demandais des explications complémentaires, il m'a dit qu'il était allé se promener et qu'il « s'était rencontré » au chemin avec les anglais qui étaient venus la veille à la ferme.

Il ne m'a pas donné d'autre précision et sur ce, il a quitté la ferme avec ses chèvres.

S.I. (1) -- Mon père m'a tout de même indiqué que vers une heure il était allé faire un tour de chasse. Il m'a dit avoir longé la route nationale, en direction de Peyruis et qu'arrivé à hauteur du campement, il s'était trouvé en présence d'un homme paraissant venir à sa

(1) S.I.   : Sur  interrogation.


rencontre. Ils auraient discuté mais il ne m'a pas dit quel avait été l'objet du « grabuge » (sic). C'est là qu'il avait tiré (sic). Mon père ne m'a cependant pas précisé sur qui il avait tiré en premier Heu. En tous cas, il m'a dit qu'il avait tué toute la famille.

Je lui ai demandé de quelle arme il s'était servi. Il m'a répondu) : « Avec une carabine que je tenais camouflée. »

Jusqu'à ce moment-là, j'ignorais que mon père détenait une carabine. Je connaissais seulement l'existence à la maison d'un fusil Gras transformé pour la chasse au gros gibier, que mon père détenait dans sa chambre et d'un fusil de chasse, calibre 12 m/m dont je me servais.

J'ignore où il avait pu dissimuler la carabine. A mon sens, ça ne pouvait être que dans la chambre ou dans la bergerie.

Après avoir reçu ces révélations de mon père, je lui ai demandé ce qu'il avait fait de la carabine en question, après avoir tiré. Il m'a dit l'avoir jetée sans en préciser l'endroit.

S.I. -- Contrairement à ce que je vous ai déclaré tout à l'heure, mon père m'a précisé que c'était sur l'homme qu'il avait tiré le premier. Par contre il ne m'a pas dit comment il avait tué la petite.

Je répète que je n'ai raconté le fait à personne. Cependant j'ai appris de la bouche même de mon frère Clovis qu'il était au courant comme moi, et je suppose que c'est mon père qui le lui a dit.

Avec mon frère nous avons évité de faire des conversations à ce sujet pour respecter la consigne du silence qu'il nous avait donnée.

D. (1) -- Vous avez déclaré tout à l'heure au cours d'une précédente audition qu'à quatre heures du matin vous étiez parti directement vers le pont qui enjambe la voie ferrée. Vous ne pouvez plus prétendre maintenant que c'était dans le but de vous rendre compte de l'état de l'éboulement. Voulez-vous nous préciser ce que vous êtes allé faire à cet endroit ?

(1)   D   ; Demande...   ou  question  posée.

R. (1) -- Mon père m'avait dit qu'il avait tué la petite en contre-bas du pont. C'est d'abord à elle que j'ai pensé lorsque j'ai quitté mon domicile. C'est donc son cadavre que j'ai voulu d'abord découvrir. Depuis le chemin j'ai compris que cette enfant n'était pas morte et j'ai été vivement impressionné. Je ne me suis pas approché de l'enfant et je suis remonté au campement. J'ai vu les deux autres cadavres. Ils étaient l'un et l'autre recouverts, la femme d'une couverture, l'homme d'un lit de camp.

Je suis reparti aussitôt pour la ferme où j'ai dit à Yvette et à ma mère qui s'affairaient dans la cour, que je venais de découvrir la fillette, le visage ensanglanté et qui remuait encore. A ce moment-là le jour pointait. Il était donc 4 h. 30 ou 4 h. 45.

Comme je vous l'ai dit j'ai soigné mon bétail et ensuite je suis revenu au campement dans le but de rechercher si par hasard quelque objet appartenant à mon père ne s'y trouvait pas. J'ai vu des douilles derrière la voiture, mais je ne les ai pas ramassées. C'est alors qu'Ollivier est passé.

Je ne pourrais expliquer exactement pour quelle raison j'ai déplacé un peu plus tard le corps de la femme.

S.I. -- Lorsque mon père m'a quitté pour aller avec ses chèvres, il m'a bien recommandé de ne rien dire à personne. Par la suite, j'ai essayé d'obtenir de lui quelques détails complémentaires. Mais il m'a bien fait comprendre qu'il désirait qu'il ne soit jamais plus parlé de cette affaire.

D. -- Quelle était l'attitude de votre père lorsque vous avez été de retour à la Grand'Terre à l'issue de votre détention ?

R. -- II ne m'a rien dit. En réalité, il ne s'en fou-, tait pas mal que je fasse deux ou six mois de prison.

Je ne voudrais pas que la presse annonce que c'est moi qui ait dénoncé mon père.

Lecture faite, persiste et signe avec nous et notre
greffier. Suivent les signatures.

(1)   R   :  Réponse.


NOTE DU JUGE. -- Après clôture définitive du procès-verbal, le sieur Gustave Dominici nous a fait la déclaration que nous rapportons ci-dessus :

« Je ne voudrais pas que vous disiez à mon père
que c'est moi qui l'ait dénoncé. Faites-le venir de plus
loin....»
Suivent les signatures.


AUDITION DE TEMOIN AU   COURS   D'UN   TRANSPORT   DE   JUSTICE

Le 18 décembre mil neuf cent cinquante trois à 14 heures,

Devant Nous, Roger PERIES, Juge d'Instruction au Tribunal de Digne, assisté de M. BARRAS, Greffier,

En transport de Justice dans la commune de Lurs (La Grand-Terre),

Instruisant sur les faits reprochés à DOMINICI Gaston, inculpé d'assassinats.

Comparaît le témoin ci-après nommé, déférant à l'invitation qui lui en a été verbalement faite, lequel ayant prêté serment de dire toute la vérité, rien que la vérité, déclaré être la belle-fille de l'inculpé, dépose séparément et hors la présence de l'inculpé :

BARTH Yvette, épouse DOMINICI Gustave, âgée de 21 ans, cultivatrice, demeurant à Lurs (La Grand-Terre).

Je   suis   la   belle-fille  de  l'inculpé.

Je ne vous ai pas dit jusqu'ici la vérité. C'est trop (dur... Je m'étais toujours très bien portée, mais depuis un an je suis d'une grande nervosité...

Nous avons bien entendu des cris presque en même temps que les coups de feu.

J'assure que mon mari ne s'est pas levé tout de suite. J'ai entendu six à sept détonations. Quant aux Cris, ils n'étaient pas très distincts. Les chiens ont aboyé, hurlé. Les aboiements ont continué pendant un très long moment et par intervalles...

Vers 1 h. 30. j'ai donné le biberon à Alain. J'avais profité d'un instant où les chiens se taisaient. Un moment après sans que je puisse préciser davantage, nous avons entendu de nouveaux aboiements. C'est alors que Gustave s'est levé.

S. I. -- Je n'avais pas entendu de bruits de pas dans la cour.

Je ne puis me souvenir si mon mari, en se levant, a allumé la lampe de chevet. Je ne l'ai pas entendu


parler à l'extérieur,  mais lorsqu'il s'est recouché un quart d'heure  après,  ou plutôt  dix minute? m'a   dit   qu'il   avait   trouvé   son   père   dans   la   co. ajoutait  qu'il  était  abattu  comme un  homme  ivre, tave m'a alors  confié que son père venait de  lui   i «   qu'il   avait   tué   ».   Mon   mari  paraissait   très   t: (sic)   et   je   ne   l'étais   pas   moins.   Gustave   m'a   c Je   me  demande   pourquoi   il   est   allé   là-bas.   Pou-il  a  fait  ça  ».

Par  la  suite   nous   ne  nous   sommes   pas   rend-: A   plusieurs   reprises   cependant,   je   me    suis   as-

J'ai  entendu dans  la maison les  pas  de  mon   : : père,   mais   je   ne   saurais   vous   dire   à   quel   môme-» Avant  cinq  heures   en  tout  cas   il  est  parti  garder   -->-chèvres   :  j'ai   entendu  les  clochettes   des  bêtes.

S. I. -- J'affirme de la façon la plus absolue c. mon mari ne m'a pas dit s'être rendu sur les lieux c crime après avoir parlé à son père et avant de se recoucher. Il ne nous a rapporté, -,à ma belle-mère t: à moi, qu'il avait vu la fillette vivante, que le mark alors que nous étions toutes les deux dans la cour, Nous étions levés vers cinq heures et mon mari, âpre* avoir soigné les bêtes, était parti en direction du campement. C'est à son retour qu'il nous a dit avoir vu 1s fillette en dessous du pont, le visage ensanglanté, n me semble que ce n'est que beaucoup plus tard qu'il a dit avoir vu l'enfant remuer un bras.

Je ne saurais vous dire combien de fois mon mari est retourné sur les lieux du crime.

S. I. -- Je n'ai jamais raconté à ma belle-mère ce que m'avait dit Gustave.

Quant à mon beau-père, à partir de cette date, je me suis arrangée pour lui parler le moins possible.

S. I. -- Sans que je sois absolument affirmative sur ce point, c'est à taon retour du marché d'Oraison, le 5 août 1952, que Gustave m'a appris que son père avait tiré avec la carabine américaine. Je ne pense pas qu'il me l'ait dit avant mon départ pour Oraison, car entre cinq heures et neuf heures, je ne m'étais pas trouvée seule avec Gustave.

S. I. -- Je n'avais jamais vu cette arme. Gustave m'a dit le 5 août 1952 qu'elle ne se trouvait plus sur l'étagère de la remise, mais moi je n'avais jamais remarqué sa présence à cet endroit.

S. J. -- Je ne puis me souvenir à quel moment j'ai appris que mon beau-frère Clovis connaissait lui-même le meurtrier. Je ne sais si Gustave me l'a dit à l'époque ou si je ne l'ai appris qu'au moment du rebondissement de l'affaire.

S. I. -- Mon mari ne m'a pas raconté dans les détails ce que lui avait dit son père, dans la cour, une heure environ après le crime. Gustave d'ailleurs m'a

paru ignorer les raisons pour lesquelles son père avait tué les Anglais.

Lecture faite, persiste et signe avec nous et notre greffier.

Suivent  les   signatures.

CONFRONTATION

Nous faisons entrer le témoin ci-dessous dénommé qui, après avoir représenté avant d'être entendu l'avertissement qui lui a été donné pour déposer et prêté serment de dire toute la vérité, rien que la vérité, a déclaré se nommer DOMINICI Gustave, âgé de 34 ans, demeurant à Lurs (La Grand-Terre) et être le fils de l'inculpé. Nous donnons au témoin lecture de l'audition ci-dessus.

Après   lecture,   le   témoin   répond   :

II est exact que lorsque je me suis recouché le 5 août 1952 vers 2 h. 30 ou 2 h. 45, je n'ai pas dit à Yvette que je m'étais rendu sur les lieux du crime. Je n'avais pas voulu en effet lui dire que la fillette vivait encore.

Le témoin BARTH Yvette, épouse DOMINICI Gustave : Je   n'ai   rien   à   dire.

Lecture faite, persistent et signent avec nous et notre Greffier.

Suivent   les   signatures.

L'Affaire Dominici

pourquoi il est coupable …                 

SUITE DEPOSITIONS